Cannes et la rue d’Antibes : des prix qui flambent

Très chère rue d'Antibes que les enseignes s'arrachent. Les indépendants en font les frais

Le propriétaire de l’immeuble ne renouvelle plus ses baux depuis quatre ans. Objectif : louer à une grosse enseigne. Plus lucratif… Et pour cause l’angle Macé-Antibes attend un mégastore !

À l’angle des rues d’Antibes et Macé, des locaux commerciaux sont vides depuis plusieurs années déjà. Nous sommes rue d’Antibes. Au n° 72, à l’angle de la rue Macé. Vide depuis quatre ans, l’ex-Pharmacie internationale (installée depuis rue Commandant-André) offre une bien piètre image de la mythique artère cannoise. Et puis, rue Macé, on tombe sur une triste enfilade de trois commerces. Vides aussi. Disparus, le coiffeur Mickaël, parti il y a quatre ans, et les boutiques Ogoni, depuis deux ans. Aucune enseigne ne leur a succédé. Pire, tout l’immeuble s’est peu à peu vidé de ses occupants. Dans les étages, le dernier locataire – un avocat – va quitter les lieux dans deux mois. Que se passe-t-il ? Grosse enseigne en vue. Souhaitant récupérer l’intégralité de ses locaux, le propriétaire – la SA Lumière qui détient tout l’immeuble (et aussi le cinéma des Arcades, ce qui explique les affiches de films sur l’ex-pharmacie) – n’a renouvelé aucun bail depuis quatre ans. Objectif ? Réunir tous ses locaux commerciaux (soit plus de 600 m2 rien qu’au rez-de-chaussée) pour les louer à prix d’or à une grosse enseigne. Nespresso, H & M ? Des rumeurs. Grand Optical était un temps sur le coup mais la lenteur des procédures d’indemnisation a fait jeter l’éponge à l’opticien il y a un an. À ce jour, aucun nom ne circule. Même la comptable de SA Lumière « ne sait rien ». Deux commerçants en attente Pourquoi cet immobilisme ? Reste encore deux commerces à déloger, ou plutôt à indemniser : le salon Dessange et la boutique Paul and Shark. Tous deux attendent l’issue de la procédure auprès du tribunal de commerce de Grasse, lequel fixera les indemnisations de départ. « En attendant, on est pénalisé. Trois ans qu’on est dans une rue non entretenue », souligne le patron de Dessange, installé là depuis vingt-deux ans. Pour lui, l’avenir est incertain. Mais une chose est sûre. Même si son luxueux salon de 200 m2 marche très bien, il lui sera impossible de trouver un local rue d’Antibes. Inaccessible ! Verser 20 000 euros par mois pour 100 m2, seules les grosses griffes peuvent assumer. Et les petits commerçants d’être financièrement boutés hors de l’artère reine. « Les loyers deviennent démesurés. Notre affaire marche bien, mais je vais devoir arrêter mon activité, explique le patron franchisé de Paul and Shark, entreprise familiale installée depuis douze ans rue d’Antibes. Car la direction de ma marque m’impose d’être rue d’Antibes ou sur la Croisette, désormais intouchables. On ne peut plus accéder au seuil de rentabilité… C’est la mort des commerces. On est obligé de se battre. La propriétaire a été déboutée en première instance, l’affaire est en appel. » Six futurs mégastores ? Un mégastore devrait donc s’emparer de tout le bloc Antibes-Macé. Une tendance lourde.  Aujourd’hui, rue d’Antibes, au moins six locaux commerciaux avec un ou plusieurs étages libres au-dessus sont à la vente ou arriveront à la vente pour devenir des mégastores. Les commerçants propriétaires des murs gagneront dix à vingt fois plus sans rien faire. Et les locataires devront partir. »

Très chères artères Classement des artères les plus chères en 2010 (prix moyen du mètre carré en euros par an).

Dans le monde

5e avenue à New-York (États-Unis) : 18 454.

Causeway à Hong Kong (Chine) : 14 620.

Ginza à Tokyo (Japon) : 7 711.

New Bond street à Londres (Royaume-Uni) : 7 345.

Champs-Elysées, à Paris : 6 965.

À Cannes Croisette : 8 000. Rue d’Antibes : 2 300.

Commandant-André : 1 000.

États-Unis : 800.

Belges : 600.

Macé : 450.

Des loyers qui explosent La métamorphose prochaine de l’angle Macé-Antibes est symptomatique. « Pas un seul bail n’est reconduit normalement rue d’Antibes, indique un commerçant. A ceux qui payaient 3 000 euros de loyer par mois, on demande 10 à 12 000 euros… Ça ne passe plus ! » 2 300 euros le m2 par an Le prix du marché explose. Pour se payer la rue d’Antibes, il faut aujourd’hui débourser 2 300 euros le m2 par an, soit 230 000 euros annuels pour un local modeste de 100 m2, soit 20 000 euros par mois. « On a atteint un pic en 2008. Depuis, on stagne. En 2010, une quinzaine de transactions ont concerné la rue d’Antibes. Une vraie poule aux œufs d’or. En sursis, les magasins historiques cèdent la place aux grands groupes. Pas par un tour de passe-passe. Mais par le mécanisme du déplafonnement. À la fin d’un bail, deux possibilités de déplafonnement : une modification de la surface ou une modification notable dans l’environnement du magasin. Or les bailleurs se sont appuyés sur le fait que la rue devenue semi-piétonne s’est améliorée. Dans ce cas, la loi indique qu’il faut appliquer les loyers environnants. C’est ainsi que d’anciens baux ont pu voir leur montant multiplier par dix ou vingt du jour au lendemain. Une loi de la jungle économique dont les commerçants indépendants font les frais.  La suprématie des mégastores, dopée par la standardisation du commerce, a de beaux jours devant elle !

Tags: ,

Comments are closed.