Archive for juin, 2010

Les murs de boutiques, un filon à prospecter

Lundi, juin 21st, 2010

Dans ce contexte de crise économique, le marché des murs de magasin reste un segment qui attire utilisateurs et investisseurs. Il est vrai que les atouts de ce placement sont nombreux. Et les réseaux d’agents immobiliers se sont organisés pour investir ce créneau encore confidentiel.

Des locataires plus fiables, une rentabilité bien meilleure, les murs de magasins n’ont rien à envier à l’immobilier d’habitation. Il fautu dire que les rendements des logements, davantage soumis aux impayés de loyers, se sont beaucoup érodés ces dernières années. D’où l’émergence d’une clientèle à l’affût des murs de boutiques, placement pierre original promis à un bel avenir.

Des atouts de poids

Les murs de magasins ont subi, comme les autres marchés, une baisse des rendements liée à l’envolée des prix de l’immobilier des dernières années.

Malgré tout, ces rendements restent très corrects au regard de ceux du marché de l’habitation. Ils oscillent, en effet, entre 6 et 10 % selon les emplacements, alors qu’ils dépassent rarement 4 à 5 % dans l’immobilier d’habitation. Autre avantage non négligeable : les commerçants tiennent à leur emplacement, qui constitue la pièce maîtresse de leur activité. Pas question, dans ces conditions, d’en changer à tout instant ou d’oublier de régler son loyer.

D’ailleurs, ce type d’impayé est assez rare sur ce créneau d’activité, ce qui rend le placement sécurisant. D’où une demande forte de la part des investisseurs, pour l’essentiel des institutionnels telles les foncières et les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier).

L’investisseur peut également être le commerçant lui-même qui, à défaut de trouver l’emplacement qui lui convient en location, préfère acheter ses murs. Cette tendance se développe d’ailleurs avec la mise en place du statut d’autoentrepreneur au 1er janvier de cette année.

Résultat, la demande en murs de magasins reste très forte. Ce qui ne va pas dans le sens de la modération des prix. D’ailleurs, en règle générale, l’investissement en murs de boutiques est moins sensible aux fluctuations du marché que l’immobilier d’habitation. Durant la crise des années 1990, le prix des murs de magasins avait par exemple moins chuté que celui des autres segments de marché.

Des prix très élevés à Paris…

1 595 000 euros, c’est ce qu’il faut compter pour une boutique de 150 m2 rue du Faubourg-Saint- Honoré à Paris. Un prix qui n’étonne personne tant l’effet de rareté joue dans la capitale, mais qui, décidément, barre la route aux petits investisseurs privés. Il en va ainsi des secteurs comme les Champs-Élysées, la rue de Rivoli, les boulevards Haussmann, Saint-Germain… et plus généralement les rues commerçantes et/ou piétonnières, qui affichent des prix très élevés.

A titre d’exemple, au centre d’une galerie commerciale des Champs-Élysées, une boutique de 22 m2 occupée est actuellement proposée à 560 000 euros avec un loyer de 2 300 euros par mois. Et lorsque l’emplacement est exceptionnel, les prix flambent littéralement. Dans le triangle d’or, une boutique de luxe de 118 m2 (sur deux niveaux) à proximité de la salle Pleyel (dans le 8e arrondissement, près de la place des Ternes) s’affiche à 792 000 euros (murs libres) avec un loyer prévisionnel de l’ordre de 35 000 euros HT annuels.

Heureusement, la zone de chalandise de Paris ne se résume pas à quelques quartiers huppés. Avec ses 83 400 locaux en rezde- chaussée recensés en 2005, dont 61 800 commerces de détail et de services commerciaux (74 %), le choix est vaste. Reste que certaines activités sont plus porteuses que d’autres. Pour autant, l’emplacement reste la règle numéro un.

Que faire des murs d’une boutique si aucun commerçant ne veut s’y installer ? La proximité d’un métro, d’une gare, d’une école, d’un supermarché, d’un grand magasin (Galeries Lafayette, Printemps, Fnac…), constitue un élément positif. Il faut également s’intéresser aux commerces déjà installés et à la concurrence qu’ils génèrent, ce qui n’est pas forcément un handicap.

Au contraire, plus il y a de restaurants dans la rue, plus les consommateurs la fréquenteront. Une règle qui n’est pas forcément valable pour tous les commerces. Une boulangerie, une pharmacie peuvent très bien tirer leur épingle du jeu dans une rue moins passante.

Quoi qu’il en soit, hors des quartiers les plus en vue de la capitale, les prix fléchissent sensiblement et deviennent plus accessibles aux investisseurs particuliers. Ainsi, dans une rue commerçante du 14e arrondissement, une boutique de 50 m2 est récemment partie pour 275 000 euros (sans bail de location). Une autre de 70 m2, dans le 15e arrondissement, s’est négociée 330 000 euros avec un loyer de 25 000 euros par an. Autre exemple, avenue Ledru-Rollin, dans le 12e , les murs d’une sandwicherie de 25 m2 ont été vendus 130 000 euros.

… ainsi qu’en province

Ce qui vaut pour Paris vaut également pour la banlieue parisienne et la province. Certaines rues de Lyon, de Marseille ou encore de Toulouse ont leurs emplacements phares. A Lyon, par exemple, la place Bellecour est une situation très recherchée et donc inabordable pour l’investisseur lambda. Même chose sur le Vieux- Port ou rue Saint-Féréol à Marseille. Les stations balnéaires, des villes comme Cannes ou Nice, sont également porteuses. Ce qui ne signifie pas que les autres secteurs sont à proscrire.

Là encore, « l’important est de viser les centres de vie ».  En dehors des grandes capitales régionales, mieux vaut ne pas s’écarter de la rue centrale. Quant au prix, la plus grande hétérogénéité règne également, qui tient compte du potentiel de la ville. A Montpellier, dans un quartier dynamique, les murs d’une brasserie de 110 m2 sont partis à 250 000 euros avec un loyer de 16 000 euros. Autre exemple, à Nîmes, une boutique de 50 m2 (libre) s’est, pour sa part, vendue 130 000 euros. « Dans une ville moyenne de Bourgogne, un investisseur peut débourser de 50 000 à 70 000 euros pour un local, voire 100 000 à 200 000 euros dans une rue commerçante », explique Daniel Cormier, président du GIE Orpi Entreprises.

Locaux libres ou occupés : une différence de taille

Forcément très chers, les emplacements « prime » n’offrent évidemment pas les meilleures rentabilités. A Paris, celle-ci ne dépasse guère 5 % brut. En revanche, « elle peut atteindre de 6 à 7 % dans des grandes métropoles et de 9 à 10 % dans des villes moyennes », précise Daniel Cormier. Cela dit, pour évaluer la qualité d’un investissement en murs de boutiques, il faut faire la distinction entre locaux libres et occupés. Or, « un bon local commercial est un local occupé et bien occupé, indique Jacques Lumbroso, expert agrée près la cour d’appel. A défaut, on peut le soupçonner d’être mal placé ». Les locaux libres intéressent plutôt les utilisateurs, autrement dit les commerçants qui cherchent à s’installer.

En revanche, les murs occupés sont le terrain de chasse des investisseurs. « En principe, on achète un bien commercial pour sa rentabilité », poursuit Jacques Lumbroso. Mais une rentabilité attractive peut cacher un loyer trop élevé et difficilement supportable à long terme pour le commerçant. Auquel cas le locataire peut quitter les lieux à plus ou moins brève échéance. Dans le cas de locaux occupés, les conditions du bail sont vraiment déterminantes pour l’investisseur. Par exemple, il est peut-être plus intéressant de disposer d’un bail restreignant les possibilités d’activité. Le loyer, « en cas d’élargissement d’activité non connexe ou de changement d’activité, _on parle de “déspécialisation“_, pourrait être augmenté », précise Jacques Lumbroso.

La revalorisation s’effectue chaque année ou tous les trois ans et ne peut excéder la variation de l’indice du coût de la construction ou de celui des loyers commerciaux. Le loyer peut être augmenté à l’échéance des neuf ans du bail si le local se situe dans un quartier qui s’est transformé et qui a augmenté sa « commercialité ». La répartition des charges est également un élément à examiner de près. Celles liées à la copropriété sont-elles, par exemple, dues par le propriétaire ou par le locataire ? Un élément qui peut modifier la donne en termes de rendement.

On le voit, de nombreux points doivent être étudiés de près et nécessitent généralement les conseils d’un professionnel. C’est d’autant plus vrai que le bail commercial obéit à une réglementation assez complexe. Certes, cette réglementation permet de négocier un certain nombre de clauses, notamment le montant du loyer et la durée du bail, sachant toutefois que celle-ci ne peut être inférieure à neuf ans. Mais elle est, par certains côtés, très contraignante pour l’investisseur. Ainsi, il faut savoir que le locataire dispose de la propriété commerciale de son exploitation. Le propriétaire ne peut donc l’en priver sans raison valable, sauf à l’indemniser.

Quelques rares réseaux spécialisés

Sur ce créneau d’activité, les agences spécialisées dans la vente des murs de magasins sont peu nombreuses. Hormis quelques réseaux bien connus qui ont créé leur propre département « ventes de murs de magasins » comme Orpi Entreprises, Guy Hoquet Entreprises ou encore Murscommerciaux.net, dont la création remonte à 2004 et qui est aujourd’hui l’un des leaders des cabinets d’affaires spécialisés dans la cession de commerces et d’entreprises, les ventes de murs de boutiques constituent un marché finalement peu exploité par les agences immobilières.

« Nous sommes régis par la loi Hoguet, indique Matthieu Charpentier. Notre métier ne s’arrête pas à la mise en relation entre vendeur et acquéreur, mais consiste aussi à trouver les financements, à rédiger les statuts… Nos clients arrivent avec des projets, nous devons les accompagner. » Un rôle qui nécessite une spécialisation en droit des affaires. « Sur ce marché, on rencontre plutôt des brokers que des agents immobiliers. Les agences immobilières manquent souvent de compétences pour s’attaquer à ce marché et, pourtant, celui-ci leur tend les bras. » De par la connaissance du terrain sur lequel ils exercent, ils sont à même de rentrer des mandats et d’apporter le conseil que les investisseurs sont en droit d’attendre. De quoi susciter des vocations…

Investissement : l’avenir de murs de commerce, c’est la santé

Vendredi, juin 4th, 2010

Avec la concentration des acteurs de la santé et du grand âge, les murs de clinique ont la côte

La course au rachat de murs de cliniques et de maisons de retraite est lancée. Un nombre de lits insuffisant, des tarifs élevés et des taux d’occupation proches de 95 %. L’avenir est prometteur pour les investisseurs.

Une demande en augmentation constante, une offre de lits insuffisante, des exploitants spécialisés signataires de baux longs et un marché sécurisé, qui plus est acyclique… « Les fondamentaux sont bons », pensent les investisseurs institutionnels lancés tête baissée dans la course à l’immobilier de santé et du grand âge. Une nouvelle classe d’actifs est apparue au début des années 2000. Plusieurs foncières et fonds d’investissement se spécialisent depuis dans le rachat de murs de cliniques et d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ainsi est née Foncière des Murs en 2004, une filiale du groupe Foncière des Régions issue de la vente d’une cinquantaine de ses maisons de retraite par Korian, alors leader du marché. En 2006, Gecina crée Gecimed, aujourd’hui propriétaire de 28 établissements exploités par la Générale de Santé. Icade, au sein du département équipement et santé de sa foncière, possède 25 cliniques rachetées en 2009. Des fonds d’investissement comme Weinberg Capital Partners ont suivi, soucieux de ne pas rater le coche. Les portefeuilles détenus par ces investisseurs regroupent quelque 350 établissements pour une valeur de 2 milliards d’euros. « Sécurité, lisibilité, faible risque de vacance, ces actifs ont très bien résisté à la crise. Nous allons continuer à investir dans cette voie », annonce Dominique Ozanne, directeur général adjoint de Foncière des Murs.

Tarifs fiévreux

Le modèle économique semble sans faille. « Le secteur atomisé entre des milliers de petits exploitants à la tête d’une ou deux cliniques ou maisons de retraite est en pleine concentration : de 30.000 acteurs, il pourrait passer à 3.000 ou 5.000 », pense Yvon Olivy, directeur du pôle médico-social d’Icade. Les équipements, comme leurs propriétaires, vieillissent.  Tous n’ont pas les moyens d’investir pour assurer la qualité des soins et un accueil digne du XXIe siècle. De grands groupes peuvent le faire pour eux, en les rachetant. La « course aux lits » bat son plein : les 15 premiers exploitants représentent à eux seuls plus de 60 % du secteur commercial privé.  « Pour grandir, ces exploitants, parmi lesquels des sociétés cotées, se servent de l’immobilier comme d’un levier de financement. Ils vendent leurs propres murs et deviennent locataires des établissements qu’ils possèdent ou qu’ils acquièrent, explique Fabrice Léger, spécialiste du secteur pour le conseil Jones Lang Lasalle. Ils s’acquittent ensuite d’un loyer « triple net » comprenant toutes les charges. Leur seule recette est le prix payé par leurs pensionnaires. Ce chiffre d’affaires devient la variable d’ajustement. »

« Les forfaits journaliers ont augmenté fortement au cours des dernières années, poursuit Jean-Christophe Briant, auteur d’une étude sur le secteur pour le cabinet Xerfi. Car les exploitants doivent euxmêmes payer un loyer indexé sur des indices assez volatils, ou bien « rembourser » des travaux de modernisation ou d’extension consentis par leur propriétaire. » Ces derniers choisissent en priorité des sites où existent des droits à construire non utilisés, ajoutent une aile ou un nouveau bâtiment pour accueillir plus de lits, plus de patients et augmenter la rentabilité de l’actif. « Tout est possible, développe Vincent Moulard, directeur de l’immobilier de diversification de Gecina. L’achat des murs, une acquisition conjointe avec l’exploitant qui demeure un partenaire des décisions d’investissement, les travaux d’extension ou la construction ex nihilo. Le marché n’en est qu’à ses débuts. » Les premières opérations signées entre Foncières des Murs et Korian offraient la perspective d’un rendement de 8,79 %. Ce chiffre ne dépasse plus 6,5 % tant les appétits se sont aiguisés. « Nous n’avons pas tout vendu et nous nous montrons plus opportunistes », explique Alexis Jungels, chargé des relations avec les investisseurs chez Korian. A sa porte frappent de grandes sociétés mais aussi des entreprises familiales capables de mettre sur la table 100.000 euros par lit. Les Ehpad se vendent aussi à la découpe, à des particuliers qui, séduits par le dispositif de défiscalisation des résidences services comparable au Scellier. achètent -cher -une ou plusieurs chambres.

L’insolente bonne santé du secteur n’est pas menacée. Trois risques sont néanmoins pronostiqués. D’abord la liquidité de ces bâtiments très spécifiques n’est pas garantie. Foncière des Murs a tenu à vendre 4 cliniques en 2009 pour démontrer le contraire, mais le fait est que ces établissements sont peu transformables. « Sans agrément, une clinique vaut surtout le prix du terrain sur lequel elle est construite moins les coûts de démolition », affirme un exploitant confronté à la question. Lorsqu’elles ont été vendues à la découpe, qui rachètera -sans avantage fiscal -des chambres décotées, à rénover qui plus est ? Vient ensuite l’instabilité réglementaire : la prise en charge par la collectivité de 35 % des dépenses n’est pas gravée dans le marbre. Enfin, le marché pourrait se resserrer : la baisse des niveaux de retraite réduira mécaniquement le nombre de personnes âgées capables de s’offrir ces soins. « Certains doivent vendre leur maison , mais en général ce sont les enfants qui paient. Compte tenu de la durée des séjours de plus en plus courts, 30 mois en moyenne, ce n’est pas non plus une dépense énorme », détaille un observateur pragmatique. Le constat n’a pas échappé aux spécialistes, qui réfléchissent, Korian en tête, à des formules low cost. Chambres plus petites, construction standardisée, ces Ehpad coûteront tout de même de l’ordre de 60 euros par jour à leurs résidents. Le marché va se structurer. Ses spécificités, en tout cas, donnent des idées : demande importante, offre insuffisante, locataires subventionnés et nombreux… A l’autre bout de la vie, les crèches sont la prochaine cible.

CATHERINE SABBAH

Article les échos du 04 juin 2010